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25/04/2018

Sémantique macronienne II

Macron a récemment prononcé trois phrases :

 

1) Nous sommes dans un Etat d’ordre : je n'avais pas remarqué que la devise de la France faisait référence à l'ordre. Et quel ordre ? L'ordre naturel cher aux économistes libéraux et aux tenants de la loi du plus fort ? Le concept ici évoqué serait celui de l'ordre républicain. Pour notre monarque actuel, donc, la loi de la majorité. Or, la majorité, aujourd'hui, compte tenu de l'asservissement total des ministres et des députés REM, c'est un seul homme, Macron. L’État, c'est moi. Donc, ce que veut notre président, c'est SON ordre. Et quel semble-t-il être ? Beaucoup d'observateurs parlent, et de plus en plus, d'une gouvernance autoritaire. Un président autoritaire qui parle d'ordre, ça vous rappelle quoi ?

 

2) Je ne suis pas le président des riches. Les riches n'ont pas besoin de moi, ils se débrouillent tout seuls : la première question qu'on pourrait lui poser, c'est de savoir pourquoi, s'ils se débrouillent si bien tout seuls, il les aide autant ? En allégeant, par exemple leurs impôts ou en leur faisant des cadeaux type CICE. Mais il y a une autre signification derrière cette phrase qui peut paraître absurde et idiote. Avec cette phrase, Macron semble entériner cette idée assez discutée sous le terme générique de « cécession des riches ». En effet, quelques sociologues font remarquer que, depuis quelques décennies, pour la première fois dans l'histoire des sociétés humaines, ce sont les riches qui se marginalisent, volontairement, pour s'enfermer dans des espaces où ils sont ensemble. En refusant, par exemple, de payer leurs impôts et, plus généralement, de payer pour les autres, les plus déshérités. C'est un sujet qui a été beaucoup évoqué, ces derniers temps, à propos de la volonté d'indépendance de la Catalogne, la plus riche des provinces espagnoles, dont la motivation principale serait de ne plus vouloir payer pour les provinces moins bien loties. C'était, tout le moins, un argument des adversaires des séparatistes. Mais il existe de nombreux autres exemples en Europe, à commencer par Merkel qui veut garder ses sous et refuse de payer pour la Grèce. Mais, en France même, on peut très bien constater le même phénomène, particulièrement chez les « premiers de cordée » comme dit l'autre, qui considèrent de plus en plus que leur fortune est totalement légitime et refusent, donc, de la partager, serait-ce avec ceux qui l'ont créée, leurs ouvriers. On parle volontiers de « charges » plutôt que de cotisations, qu'on refuse d'acquitter, d'ailleurs. C'est pourquoi cette phrase de notre « leader », à l'air anodin, est très significative : il est d'accord pour que les « riches » soient considérés comme « à part ».

 

3) Nous avons la preuve de l'utilisation de gaz toxiques en Syrie : là, mon camarde, tu pourrais regretter ta légèreté. Certains de tes adversaires, la Russie en particulier, réfutent totalement le fait que ces attaques auraient pu avoir lieu. Tu aurais l'air bête si jamais ils finissaient par imposer leur version. Ta réputation de personne « très intelligente » ferait « pschittt... » d'un coup. Et bien malin qui saura jamais la vérité. Car le camarade Poutine, lui, met le paquet. Il est entré dans un combat médiatique que, compte tenu des moyens qu'il développe, te laisse peu de chances sur le terrain de la communication, terrain sur lequel, pourtant, tu as fondé tout ton pouvoir … Là, c'est carrément ce qu'on nomme de sales draps. En plus, comme tu l'auras remarqué, le combat s'est étendu sur le sujet de la prétendue « totale réussite » de l'opération, puisque la nouvelle selon laquelle la plupart de tes missiles ont foiré se répand partout. De sales draps …

 

Un mot revient dans tous ses discours : inquiétude. Un élément de langage, comme ils disent, un petit refrain repris par tous les élus et les ministres REM. Nous serions inquiets. Et, eux, bien entendu, ils sont là pour nous rassurer. Macron, surtout, qui, du haut de ses 40 ans, se sent une âme de père de la nation, une formule employée par leurs partisans pour Pétain ou Staline, par exemple. Bah non, mon camarade. On est beaucoup, dans ce pays, à ne pas être foncièrement inquiets. On est révolté. Ton monde, on n'en veut pas, c'est aussi bête que ça. Mais révolté est un mot qui ne fait pas partie de ton univers mental. Toi, c'est un projet, une ligne droite et aucun doute. Se révolter est une perte de temps. Ton univers, c'est le concret, rien que le concret et aucune révolte contre ce que tu nommes le réel. On relève ses manches et on marche. Personnellement, je trouve que ce mot, que tu as choisi pour expliquer les réticences tout à fait justifiées de « ton » peuple, en dit bien plus sur toi que sur nous. Car, en matière d'inquiétude, tu t'y connais. Quiconque a vu ton regard dans les images de propagande diffusées par les médias qui te sont inféodés a pu constater dans tes yeux une énorme inquiétude sur toi-même, inquiétude que tu tentes toujours de dissiper en fanfaronnant, par exemple en entretenant le mythe d'une pensée complexe et d'une culture philosophique solide. D'ailleurs, cette inquiétude ne peut étonner personne de la part d'un homme qui se promène partout avec sa maman, serait-elle symbolique.

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